# Littératie des adultes : rendre une consigne compréhensible sans diagnostiquer les participants

Littératie des adultes : adaptez consignes et parcours, vérifiez leur usage et proposez de l'aide sans diagnostiquer les participants.

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- Auteur: Harmate Team
- Publié le: 2026-09-24
- Mise à jour: 2026-09-24T00:40:55.564528+00:00
- Langue: fr

## Contenu

# Littératie des adultes : rendre une consigne compréhensible sans diagnostiquer les participants

Une participante laisse une question vide. Un autre répond en trois mots. Un troisième demande ce que signifie « situation professionnelle significative ». Ces observations ne suffisent pas à dire qui comprend, qui sait écrire ou qui manque de motivation. Elles donnent d'abord une raison de vérifier ce que votre consigne demande réellement.

La littératie concerne l'usage de l'écrit dans des situations concrètes. Pour un organisme de formation ou un consultant, la question utile n'est pas de classer les participants à partir de leurs réponses. C'est de rendre une invitation, une consigne et un parcours utilisables, puis de vérifier ce qui reste difficile.

Ce guide propose une méthode pour le faire avec des adultes, sans infantiliser le public et sans transformer un questionnaire d'expérience en test de compétences.

## La littératie : une définition qui dépasse le déchiffrage

Dans l'Évaluation des compétences des adultes de 2023, l'OCDE considère plusieurs opérations sur les textes : y accéder, les comprendre, les évaluer et y réfléchir pour poursuivre des objectifs et participer à la société. Savoir reconnaître les mots ne résume donc pas cette compétence. [Définition de l'OCDE](https://www.oecd.org/fr/topics/sub-issues/adult-literacy-skills.html).

Mais ce n'est pas la seule perspective. Un article publié par Santé publique France élargit la réflexion à la personne, au milieu et à la communauté : l'environnement doit aussi mobiliser les ressources nécessaires pour que l'information puisse être comprise et communiquée. Cette approche éclaire la responsabilité de celui qui conçoit le support. [RUEL et MOREAU, 2017](https://www.santepubliquefrance.fr/docs/article/pour-mieux-definir-la-litteratie).

Ces deux perspectives ne sont pas deux scores interchangeables. La première fournit un cadre d'évaluation de compétences ; la seconde aide à interroger les conditions de communication. Ici, nous travaillons sur ces conditions, pas sur l'évaluation individuelle.

### Littératie, illettrisme et apprentissage d'une langue ne sont pas synonymes

En France, l'ANLCI distingue l'illettrisme, qui concerne des adultes ayant été scolarisés en français mais restant en grande difficulté avec les compétences de base, de l'analphabétisme et de l'apprentissage du français langue étrangère. Ces situations appellent des accompagnements différents. [Définitions de l'ANLCI](https://www.anlci.gouv.fr/illettrisme/quest-ce-que-lillettrisme/).

Une personne peut par ailleurs rencontrer un terme technique inconnu sans être en difficulté avec l'écrit. Une autre peut parfaitement comprendre la question mais ne pas souhaiter raconter une situation sensible. Votre formulaire ne permet pas, à lui seul, de trancher entre ces explications.

Évitez donc de créer une catégorie « faible littératie » à partir d'une réponse courte, de fautes ou d'une demande d'aide. Si l'objectif réel est d'évaluer des compétences, il faut un dispositif conçu pour cet objectif, avec ses méthodes et ses limites explicites. Ce n'est plus la même démarche.

## Examiner la tâche avant d'interpréter la personne

Prenons une consigne fictive destinée à préparer une formation :

> Explicitez une situation professionnelle significative mettant en jeu vos pratiques collaboratives, en précisant les leviers mobilisés et les freins rencontrés.

Le problème n'est pas seulement la longueur de la phrase. Le lecteur doit décider ce qui est « significatif », comprendre « pratiques collaboratives », choisir une situation, se souvenir des faits et organiser plusieurs éléments dans une seule réponse. Il peut aussi se demander si son responsable lira ce qu'il écrit.

Avant de raccourcir la consigne, notez ce que vous cherchez : une situation vécue pour préparer un échange ? Des besoins de formation ? Une appréciation de compétences ? Si cette décision n'est pas claire, la réécriture risque seulement de rendre plus élégante une demande confuse.

Pour cadrer l'objectif pédagogique, le [questionnaire de positionnement](https://www.harmate.com/fr/blog/questionnaire-de-positionnement-formation-faire-court-sans-perdre-en-qualite) traite cette étape distincte. Ici, l'enjeu est de rendre la tâche compréhensible une fois son utilité établie.

## Réécrire sans appauvrir la réponse

Une version de travail pourrait être :

> Pensez à un moment récent où vous avez travaillé avec d'autres personnes. Racontez ce qui s'est passé. Ne donnez pas de nom de personne ou de client.

Une question suivante, séparée, peut demander :

> Dans cette situation, qu'est-ce qui vous a aidé ou vous a manqué ?

Cette proposition n'est pas une consigne universellement validée. « Récent » peut rester ambigu ; « travaillé avec » peut couvrir des situations très différentes. Il faut adapter ces termes à l'objectif et les tester, plutôt que décréter que la nouvelle version convient à tous.

La question ouverte conserve ce que le participant choisit de raconter : les mots du terrain, un obstacle inattendu, une exception. Une liste de difficultés prédéfinies peut faciliter une comparaison, mais elle ne remplace pas cette exploration. La richesse du récit ne garantit toutefois ni sa représentativité ni l'absence de biais. La méthode des [questions ouvertes](https://www.harmate.com/fr/blog/questions-ouvertes-obtenir-des-reponses-exploitables-sans-biaiser) développe ce point.

### Donner une forme de réponse, pas la réponse attendue

Si vous ajoutez un exemple rempli — « un manque de communication entre services » — vous introduisez un contenu que la personne peut reprendre. Pour une enquête exploratoire, préférez une aide de format : « Vous pouvez répondre en quelques phrases ou sous forme de liste. »

Ne promettez un autre canal, une reprise ultérieure ou un accompagnement que si vous l'avez réellement organisé. Une alternative affichée mais inutilisable ajoute une difficulté. Et ne rendez pas obligatoire un récit personnel simplement pour remplir toutes les cellules d'un tableau.

## Un protocole de vérification du parcours

Voici une procédure de travail proposée pour une équipe de formation. Elle n'est ni un test de littératie ni une norme de certification.

**1. Reproduire la situation prévue.** Présentez l'invitation et le formulaire sur le support qui sera utilisé. Une consigne peut être compréhensible sur votre grand écran mais difficile à retrouver après un long défilement sur téléphone.

**2. Annoncer ce qui est testé.** Dites : « Nous vérifions notre support, pas vos compétences. Vous pouvez nous dire ce qui vous gêne, passer une question ou arrêter. » Expliquez aussi ce que vous garderez comme notes et qui pourra les consulter. Ne promettez pas l'anonymat si vous connaissez l'identité de la personne.

**3. Observer sans guider immédiatement.** Laissez la personne chercher la consigne et commencer. Notez une action visible, pas une qualité supposée : « revient à l'invitation pour chercher le destinataire » plutôt que « manque d'autonomie ».

**4. Faire expliciter la tâche.** Demandez ce qu'elle pense devoir faire, à quelle situation elle a pensé et ce qu'elle attend après l'envoi. Ne demandez pas seulement « c'est clair ? », qui ne permet pas de comparer les interprétations.

**5. Réviser puis essayer à nouveau.** Modifiez le support à partir du problème observé. Essayez la version suivante avec d'autres personnes proches du public, notamment celles dont les conditions d'usage diffèrent. Un test mené uniquement avec les rédacteurs ou leurs collègues immédiats laisse des situations importantes hors champ.

Les entretiens cognitifs décrits par le CDC examinent précisément comment une personne comprend une question et construit sa réponse. Leur objectif est de repérer des problèmes, pas de produire une estimation représentative du public. Notre procédure de parcours s'en distingue : elle regarde aussi l'invitation, la navigation et l'aide disponible. [CDC/NCHS, 2024](https://www.cdc.gov/nchs/ccqder/question-evaluation/cognitive-interviewing.html).

## Un exemple de compte rendu qui conduit à des corrections

Le tableau suivant est fictif. Il illustre ce que l'équipe peut conserver après un essai, sans attribuer de niveau à la personne.

| Observation | Ce qu'elle ne prouve pas | Modification à essayer |
|---|---|---|
| La personne demande si son responsable lira le récit. | Une difficulté de lecture ou un refus de participer. | Préciser les destinataires et l'usage réel avant la question. |
| Elle cherche un « événement exceptionnel » pour répondre. | Un manque d'expérience professionnelle. | Remplacer « significatif » et préciser qu'une situation ordinaire convient si cela correspond à l'objectif. |
| Elle commence à raconter puis demande combien écrire. | Une incapacité à structurer sa pensée. | Donner une indication de format non évaluative. |
| Elle ne retrouve plus la consigne après défilement. | Un défaut d'attention. | Rapprocher l'instruction de la zone de réponse. |
| Elle préfère raconter oralement. | Un diagnostic de littératie. | Examiner avec elle une modalité réellement disponible, et noter le changement de mode. |

Après correction, gardez la version exacte, la date de l'essai, le problème observé et ce qui reste à vérifier. « Phrase raccourcie » n'est pas une preuve de réussite. « La tâche a été reformulée comme prévu dans les situations testées » est un constat plus précis, dont la portée reste limitée à ces essais.

## Proposer de l'aide sans fabriquer le contenu

Une aide peut porter sur le parcours : retrouver un bouton, expliquer à qui sera envoyée la réponse, relire la consigne. Elle peut aussi infléchir la réponse : suggérer un obstacle, transformer une hésitation en avis, résumer à la place de la personne.

Séparez ces opérations. Si quelqu'un retranscrit une réponse orale, la personne doit pouvoir vérifier ou corriger la transcription. Conservez le mode de recueil dans la méthode ; un changement de canal ou l'intervention d'un tiers peut compter dans l'interprétation. Ne présentez pas toutes les réponses comme strictement recueillies dans les mêmes conditions.

Il n'est pas nécessaire de demander aux participants de révéler un parcours scolaire ou une difficulté personnelle pour améliorer une consigne. Proposez l'aide à tous lorsque c'est possible. Si une personne exprime elle-même un besoin d'accompagnement durable, discutez du relais approprié avec elle, en dehors du score ou du commentaire d'enquête.

## Ce que les réponses permettent réellement de conclure

Une réponse renseigne sur ce qui a été exprimé dans un contexte donné. Elle n'est pas un accès direct à toutes les capacités de son auteur. L'Insee a montré, dans une comparaison méthodologique de deux enquêtes, que la manière de mesurer les compétences peut modifier l'identification des populations en difficulté. Cette étude de 2013 ne décrit pas la population actuelle ; elle rappelle l'importance du dispositif de mesure. [Insee, comparaison IVQ/PIAAC](https://www.insee.fr/fr/statistiques/1521326).

Dans votre bilan, écrivez donc : « ce terme a été interprété de deux façons pendant les essais », et non « le public a un faible niveau ». Ou : « certaines personnes n'avaient pas de situation à raconter », et non « elles n'ont rien appris ».

La [fatigue face aux questionnaires](https://www.harmate.com/fr/blog/fatigue-questionnaire-reconnaitre-les-signaux-reduire-le-cout-preserver-la-qualite) est encore un autre sujet. Fatigue, difficulté d'accès, réserve sur la confidentialité et interprétation d'un mot peuvent produire des comportements proches ; ils ne doivent pas devenir une seule étiquette.

## Où un outil intervient

Un outil comme Harmate peut servir à préparer le questionnaire et à organiser l'analyse de ses réponses ouvertes. Cela ne transforme pas une mesure de la structure d'un texte en mesure de la compréhension, de la littératie ou de la valeur d'un participant. La page [Questions ouvertes](https://www.harmate.com/fr/product/open-questions) présente ce prolongement après le travail de conception.

Le travail essentiel reste observable : quelle tâche avons-nous proposée, dans quelles conditions, qu'avons-nous vu et qu'avons-nous changé ? Améliorer ces conditions apporte davantage qu'un classement des personnes que le questionnaire n'était pas conçu pour établir.