9 Janvier 2026
C’est la situation la plus frustrante de la vie en entreprise.
On vous confie un projet stratégique. On vous donne un budget. On vous donne une échéance. Mais on oublie de vous donner l’essentiel : l’autorité.
Les contributeurs de votre projet (développeurs, marketing, juridique, finance) ne sont pas dans votre équipe. Ils ont leur propre manager, leurs propres objectifs et leurs propres urgences.
Quand vous leur écrivez, vous n’êtes pas une priorité. Vous êtes une "charge de travail supplémentaire".
Bienvenue dans le management transversal.
Dans une organisation matricielle, le grade ne suffit plus. Vous ne pouvez pas ordonner, vous devez influencer. Mais compter uniquement sur votre capital sympathie est épuisant.
La solution n’est pas de relancer plus fort. La solution est de remplacer l’autorité hiérarchique par une autorité plus solide : l’autorité de pertinence, celle qui vient du sens, de la clarté et d’un cadre de coopération.
Voici comment reprendre le contrôle de vos projets transverses, sans politique, et sans mendier.
La plupart des managers transversaux finissent par adopter une posture de mendiant.
"Tu peux regarder mon dossier ?"
"Je te promets que ça ne sera pas long."
Cette approche échoue pour deux raisons :
Elle est impossible à tenir dans la durée : Vous dépensez une énergie folle pour obtenir le strict minimum.
Elle dégrade votre statut : Vous devenez celui qui dérange, celui qu’on évite.
Pour sortir de ce piège, il faut comprendre ce qui motive réellement un collaborateur à s’investir dans un projet qui n’est pas "le sien".
Ce n’est pas votre gentillesse. C’est la perception que :
Le projet est légitime.
L’effort demandé est cadré.
Le travail sera utile, reconnu, et protégé.
Autrement dit : on ne rejoint pas un projet, on rejoint un cadre.
Beaucoup d’initiatives transverses échouent pour une raison simple : le projet n’a pas de gouvernance minimale. Et quand il n’y a pas de gouvernance, il n’y a que des relances.
Si une urgence "métier" et votre projet entrent en conflit, qui tranche ?
Si la réponse est "on verra", vous êtes déjà condamné.
Ce que vous cherchez : une phrase validée, simple, écrite.
Exemples :
"En cas de conflit de priorités, le sponsor arbitre sous 48h."
"Chaque contributeur a une capacité dédiée. Si elle est consommée, on replanifie, on ne compresse pas."
Sans temps réservé, tout devient "en plus".
Même faible, même imparfait, il faut un chiffre :
0,1 ETP sur 6 semaines
2h par semaine
Un créneau fixe le mardi matin
Ce n’est pas un détail administratif. C’est ce qui transforme un projet en priorité réelle.
Si vous ne pouvez pas "ordonner", vous pouvez rendre votre projet évident.
L’autorité de pertinence se construit avec trois choses :
Une demande claire.
Une utilité visible.
Un fonctionnement qui respecte le temps.
Votre objectif n’est pas de convaincre tout le monde. Votre objectif est de réduire la friction au point où contribuer devient naturel.
Un projet transverse avance quand les compétences se complètent.
Mais une complémentarité brute peut générer du blocage :
Un profil créatif face à un profil très contrôle.
Un expert technique face à un profil très marché.
L’astuce : Chercher un point d’accroche commun, un "connecteur" qui réduit la méfiance initiale.
Exemples de connecteurs : Même préférence de méthode (structure, rigueur, rapidité), même rapport au risque, ou même intérêt (data, client, qualité).
Vous ne cherchez pas des amis. Vous cherchez un minimum de terrain commun pour que la divergence devienne productive plutôt que toxique.
Le pire ennemi du management transversal, c’est le mercenaire : celui qui est là parce qu’il avait un trou dans son agenda.
Le bon réflexe : Justifier l’association par le problème, pas par l’horaire.
Phrase modèle :
"Je te propose ce sous-sujet parce que tu es la personne la plus pertinente sur X, et parce que ton point de vue est indispensable pour éviter Y."
Quand l’association est rationnelle, chaque membre se sent légitime. Et quand on se sent légitime, on s’implique.
La réunion de "suivi hebdo" est souvent la mort du transverse : trop longue, trop large, trop passive.
Passez en mode asynchrone pour le suivi.
Gardez le synchrone uniquement pour résoudre un blocage.
Le cadre simple qui marche :
Suivi asynchrone : 5 minutes, une fois par semaine.
Point blocage : 15 minutes, uniquement si nécessaire.
Arbitrage sponsor : 30 minutes toutes les 2 semaines.
Revue livrables : Mensuel, orienté décisions.
Objet : Projet X, cadrage et fonctionnement
Bonjour,
Nous lançons le projet X avec un objectif simple : [résultat mesurable].
Votre contribution attendue est : [livrable concret], sur la période [dates].
Pour éviter les relances et les malentendus :
Capacité dédiée : [ex: 2h/semaine]
Règle d’arbitrage en cas de conflit : [nom du sponsor, délai]
Suivi : Asynchrone chaque [jour] (format ci-dessous), et points courts uniquement en cas de blocage.
Merci, je vous envoie le premier point de départ aujourd’hui.
Fait cette semaine :
Bloqué sur :
Décision attendue de : [personne] avant [date]
Prochain livrable :
Le secret, c’est "décision attendue". Sans décision demandée, le suivi devient du bruit.
Bonjour,
Je te relance sur la décision [X] attendue pour débloquer [Y].
Sans décision d’ici [date], nous prenons l’option [A] et nous actons l’impact : [conséquence].
Dis-moi si tu préfères arbitrer autrement.
Vous ne suppliez pas. Vous rendez visible le coût du silence.
Le management transversal est un test de vérité.
Il révèle si votre organisation fonctionne par la peur (hiérarchie) ou par l’intelligence (coopération).
Vous ne serez jamais le "chef" de tout le monde. Et c’est une bonne nouvelle.
Car l’autorité qu’on vous donne (le titre) est souvent moins puissante que l’autorité que vous construisez (la pertinence).
Ne soyez pas le manager qui relance.
Soyez celui qui cadre, qui protège le temps, et qui construit des conditions où l’on a envie de contribuer.