24 Décembre 2025
Vous voulez mesurer quelque chose de réel.
Une réalité sensible.
Conflit. Discrimination. Burn-out. Compromis éthiques. Sécurité psychologique.
Alors vous posez la question frontalement.
Et vous obtenez des résultats très propres.
Trop propres.
Parce que dès qu’une question semble risquée, les répondants cessent de répondre “vrai” et commencent à répondre “sûr”. Pas forcément mentir, mais réduire l’exposition.
La formulation indirecte en questions ouvertes permet de mesurer la même réalité tout en réduisant la menace perçue.
Cet article est un guide pratique pour y arriver.
Une formulation frontale déclenche souvent trois mécanismes de protection :
Protection de l’image : “Si je réponds, qu’est-ce que ça dit de moi ?”
Protection des relations : “Si je réponds, est-ce que je mets quelqu’un en difficulté ?”
Évitement du risque : “Est-ce que ça peut remonter jusqu’à moi ?”
Même quand l’anonymat est promis, beaucoup craignent l’identification par le contexte : petite équipe, rôle unique, commentaire trop précis.
L’objectif est donc simple :
Réduire le risque perçu tout en gardant une mesure valide.
Indirect ne veut pas dire flou.
Cela veut dire demander aux personnes de décrire :
des événements plutôt que des accusations
des situations plutôt que des étiquettes
des conséquences plutôt que des intentions
des patterns dans le temps plutôt qu’une identité
Et comme les réponses sont ouvertes, votre levier principal devient le cadrage :
fenêtre temporelle
niveau de détail attendu
focus sur les mécanismes, pas sur les noms
On demande un ou deux moments concrets, dans une période donnée.
Question : "Sur les deux dernières semaines, décrivez un moment où le travail vous a semblé particulièrement intense, et ce qui a rendu ce moment intense."
Pourquoi ça marche : vous récupérez des faits sans forcer une étiquette.
On demande ce qui se passe généralement après qu’un sujet remonte.
Question : "Quand quelqu’un remonte un problème ou un désaccord dans votre équipe, que se passe-t-il le plus souvent ensuite ? Décrivez un exemple récent."
Pourquoi ça marche : vous mesurez la sécurité de la parole sans accusation frontale.
On remplace “mon manager” par “dans mon équipe” et on se concentre sur la coordination.
Question : "Comment les priorités sont-elles clarifiées dans votre équipe ? Décrivez ce qui fonctionne bien et ce qui se dégrade quand les priorités changent."
Pourquoi ça marche : vous ciblez le mécanisme, pas la personne.
On demande d’imaginer une situation plausible et de décrire l’issue attendue.
Question : "Imaginez qu’un collègue soit interrompu régulièrement en réunion. Décrivez ce qui se passerait le plus probablement s’il le signalait, et pourquoi."
Pourquoi ça marche : vous captez les normes et les attentes avec moins d’exposition personnelle.
On demande ce que les personnes ont vu autour d’elles.
Question : "Décrivez une situation observée récemment où l’équipe a accepté un contournement qui a augmenté le risque futur. Qu’est-ce qui a conduit à ce choix ?"
Pourquoi ça marche : rapporter une observation est plus facile qu’un aveu.
Le choix forcé est fermé, mais on peut garder l’intention via une question ouverte.
Question : "Quand vous démarrez une tâche, quel équilibre entre cadre clair et autonomie vous rend le plus efficace ? Expliquez avec un exemple."
Pourquoi ça marche : on révèle des préférences sans offrir une “bonne réponse”.
Ce que vous cherchez : est-ce qu’on peut parler sans crainte ?
Questions ouvertes :
"Décrivez une fois où quelqu’un a remonté une inquiétude dans votre équipe. Quelle a été la réaction ?"
"Sur vos trois dernières réunions, quel sujet important était le plus difficile à aborder, et pourquoi ?"
"Décrivez ce qui se passe généralement après la découverte d’une erreur dans votre équipe."
Au lieu de “y a-t-il du conflit ?”, on mesure des signaux de friction.
Questions ouvertes :
"Décrivez un désaccord récurrent dans votre équipe et ce qui l’empêche d’être résolu."
"Décrivez un moment récent où des attentes floues ont créé du travail à refaire."
"Décrivez comment votre équipe gère les désaccords quand les délais sont serrés."
Les questions directes créent du déni. On mesure la pression et l’ambiguïté.
Questions ouvertes :
"Décrivez une situation où la contrainte de temps a poussé l’équipe vers un raccourci. Qu’est-il arrivé ensuite ?"
"Décrivez comment les personnes décident de ce qui est acceptable quand les règles ne sont pas claires."
"Décrivez une situation où remonter un problème a semblé difficile. Qu’est-ce qui a rendu cela difficile ?"
La frontalité augmente la peur. On se concentre sur la lisibilité et les patterns d’opportunités.
Questions ouvertes :
"Décrivez comment sont généralement prises les décisions de promotion ou d’opportunités visibles dans votre environnement."
"Décrivez une situation où quelqu’un s’est senti mis de côté. Quels facteurs ont joué, selon vous ?"
"Décrivez ce qui se passe quand un sujet d’injustice est remonté."
Les questions ouvertes aident à détecter du risque, sans remplacer un canal de signalement.
Questions ouvertes :
"Décrivez à quel point les personnes semblent à l’aise pour poser des limites ici, et ce qui influence cela."
"Décrivez une situation (sans noms) qui a mis quelqu’un mal à l’aise, et comment cela a été géré."
"Décrivez ce qui se passerait si quelqu’un signalait un comportement inapproprié dans votre environnement."
Les réponses ouvertes peuvent devenir bruyantes. On peut les rendre analysables sans fermer les questions.
Indiquez explicitement :
"Ne mentionnez pas de noms."
"N’indiquez pas d’éléments identifiants (nom client, date exacte, code projet unique)."
"Décrivez ce qui s’est passé et ce dont vous aviez besoin, pas qui l’a fait."
C’est le format le plus actionnable.
Question : "Décrivez une situation récente qui a créé de la friction, puis décrivez un changement qui la réduirait."
Question : "Répondez en 3 à 6 phrases."
Cela augmente la comparabilité et le taux de complétion.
Direct : "Vous sentez-vous en sécurité pour parler ?"
Indirect ouvert : "Décrivez une situation récente où vous avez hésité à dire quelque chose d’important. Qu’est-ce qui a rendu cela difficile ?"
Direct : "Les promotions sont-elles justes ?"
Indirect ouvert : "Décrivez ce qui rend une décision de promotion compréhensible ou incompréhensible dans votre environnement."
Direct : "La charge est-elle raisonnable ?"
Indirect ouvert : "Décrivez à quoi a ressemblé un ‘mode urgence’ pour vous sur les quatre dernières semaines, et ce qui l’a déclenché."
Comme les réponses ouvertes peuvent contenir des détails sensibles, traitez-les comme une donnée à risque :
accès restreint
thèmes agrégés
suppression d’éléments identifiants
communication des actions sans citations verbatim
Le meilleur levier de confiance n’est pas la question parfaite.
C’est le suivi visible.
Si vous demandez à des personnes d’avouer, elles se protégeront.
Si vous demandez à des personnes de décrire des conditions, des faits et des conséquences, vous réduisez le risque et vous récupérez du signal.
La formulation indirecte en questions ouvertes n’est pas de la manipulation.
C’est de l’hygiène d’enquête.
Vous ne cachez pas le sujet.
Vous rendez la vérité plus facile à dire.